Les lectures de Bauchette

Lectures en littérature jeunesse

mardi 09 février

1 an

"Les lectures de Bauchette"

fêtent leur

Anniversaire

Il y a un an, sans introduction et un peu dans la précipitation de voir ce que cela donnait,  je publiais mon premier billet.  Le projet avait néanmoins eu le temps de mûrir tant il me trottait dans la tête depuis des années. Et puis c'est la découverte du blog de Gaëlle (si passionnant et si passionné) qui a -je pense- donné l'impulsion,  m'a apporté le courage d'essayer. J'avais envie de fixer mes lectures, de les relier entre elles, de les partager aussi.

Puis le blog a mené sa vie, a évolué au fil des mois. Il a eu envie de se faire un peu moins sérieux, de se promener ici où là et de montrer autres choses que des lectures et notamment mes petits bricolages qui occupent mes loisirs. C'est qu'un petit univers, un peu plus personnel, était en train de se construire.

Et puis il y a vous tous et toutes qui venez par ici : les fidèles anonymes, les lecteurs connus, les amis et un peu, parfois, quand ils en ont le temps, la famille. En un an j'ai vu le nombre de visites nettement progresser (mais elles restent toutefois très très raisonnables et cela me convient très bien). Certain(e)s ont la gentillesse de déposer des commentaires, d'autres n'osent peut-être pas, je peux comprendre, je suis aussi comme ça, parfois. Et je voulais profiter de ce billet anniversaire pour vous remercier tous et toutes pour votre  lecture régulière (ou non) des "Lectures de Bauchette", pour vos petits mots (qui font quand même toujours très très  plaisir, il faut bien l'avouer), pour le soutien et les encouragements de certains qui me connaissent plus personnellement.

Je ne sais combien de temps durera ce blog. Pour l'instant, je m'y sens bien et j'ai trouvé un rythme -maintenant uniquement basé sur le plaisir- qui me convient. Après peut-être des envies de trop bien faire,  il y a quelques mois, j'ai tenté de poster tous les jours. Je pensais que cela me procurerait de la satisfaction, cela ne m'a apporté que de l'angoisse, de la fatigue et des pleurs. J'ai donc décidé de poster quand j'en avais le temps, quand j'en avais l'envie. Je ne veux plus me contraindre, je veux que ce blog reste un espace de liberté. C'est sa raison d'être et c'est en cela qu'il m'aide -un peu- à vivre au quotidien.

Voilà, je crois que  j'ai été encore bien bavarde. Je vais souffler ma petite bougie en vous disant encore un grand

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Il est grand, hein, ce merci!

Un merci spécial à Gaëlle, Emmyne, Clarabel, Vanessa, Marie, Gaëllou, AshabMimi, Laurence, Azélie et Ed22. Et aussi à celui et celles qui n'ont pas de blog mais qui passent souvent  par là (je le sais) : Quentin, Alice, Margot, Emilie (Milan), Emilie (librairie), Nicole, mes amies bibliothécaires de Rouen (je ne vous oublie pas), Rabab, Héloïse, Domitille et  Mimi les cannelés. Et j'en oublie très sûrement.

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mercredi 03 février

Mercredi de l'album autour de François Place

Après tout le monde, je rends ma copie (plus jeune j'étais déjà comme ça, à rendre mes devoirs toujours en retard). Voici donc ma participation au 3ème rendez-vous des "Mercredi de l'album" organisés par Fleur et qui nous propose cette fois de choisir (ou pas) entre deux illustrateurs aux styles résolument différents :  Kitty Crowther et François Place.

Après quelques hésitations, je me suis orientée vers François Place.

***

Comme lors de ma première participation, j'ai choisi de présenter cet auteur-illustrateur par plusieurs ouvrages. Même si l'objet de ce rendez-vous bimestriel est de s'intéresser à des illustrations, il est difficile d'ignorer les grandes qualités d'auteur de François Place.  Deux albums m'ont sur ce point très précis beaucoup touché (et je n'ai pas encore lu La douane volante qui en a déjà enthousiasmé plus d'une).

PLACE François, Grand ours, coll. "Les albums Duculot", Casterman, 2005. 16.95 €

9782203554115_1_Au temps des "marche-debout", Kaor, fils de Wouhön et de Nawa, grandit sous la protection de Grand Ours, son esprit tutélaire. Sa vie bascule le jour où, lors d'une chasse aux "têtes-boisées" avec son père et son oncle, Kaor croise le regard de Tanda, la grande femelle blanche dirigeant le troupeau, qui lui jette un sort : il devient impuissant à la tuer elle et son troupeau. Dès lors, il devra affronter les foudres de son oncle, furieux, qui le défie de tuer un ours. C'est le seul moyen, pour Kaor, d'affirmer, devant son clan qu'il est un vrai marche-debout. C'est du moins ce qu'il croit et c'est ce que tout le clan croit encore...

Non sans rappeler le Yacouba de Dedieu dans sa problématique (prouver par un acte symbolique -et en particulier par la mise à mort d'un animal redoutable- son appartenance au clan), cet album fort et singulier nous plonge dans une préhistoire que l'on connaît trop peu, toute empreinte de spiritualités et de valeurs, celle des premiers hommes, des "marche-debout".

A partir de 10 ans.

Cet album fait partie de la sélection du ministère de l'Education Nationale - Un dossier pédagogique est disponible : ici.

PLACE François, Le prince bégayant, Gallimard, mai 2006. 13.00 €

21052243721_1_L'année suivante, François Place a offert à ses lecteurs un album -trop peu connu- à l’écriture absolument remarquable qui se présente sous la forme d’un long texte poétique en prose.

Le prince bégayant raconte l’histoire d’un enfant devenu homme qui, bien que né de sang royal et doté par les dieux de la beauté, de la force et de la vaillance n’en est pas moins moqué par son village car il bégaie. L’auteur s’est attaché, avec des mots justes, à décrire la souffrance intérieure de ce « prince bégayant » dans lequel s’entremêlent à la fois de la colère et de l’ amertume et qui l’amène, un jour, à fuir son village….

Un album sensible, d’une grande richesse de sens, qui aborde des thèmes aussi intéressants et variés que les traditions culturelles africaines, le langage ou bien encore la différence et la souffrance psychologique.

A partir de 10 ans.

***

Pour parler plus spécifiquement de François Place illustrateur j'ai choisi deux autres ouvrages qui incarnent selon moi le talent propre de cet artiste.

François Place est un peintre du voyage, un peintre géographe. Son plus grand talent réside en effet dans son traitement du paysage. Des paysages si beaux, si lumineux, si parfaits qu'il en paraissent presque irréels. Et cette frontière est fragile chez l'artiste.   Il n'y a qu'à voir l'une de ses plus belles oeuvres -son plus grand projet  peut-être- son Atlas des géographes d'Orbae (disponible en trois tomes chez Casterman) composé de 26 voyages dans des contrées imaginées, 26 histoires extraordinaires (pour les 26 lettres de l'alphabet) imaginées à partir de 26 cartes. Si j'avais eu un peu plus de temps pour approfondir mes lectures, c'est de cette réalisation que j'aurais aimé parlé, mais bon.

L'HOMME Erik / PLACE François, Contes d'un royaume perdu, Folio cadet, Gallimard jeunesse, 2005. 5.90 €  (la version d'origine en grand format date de 2003 et est encore disponible).

21048621756_1_François Place a été chargé d'illustrer un bien bel ouvrage : les Contes d'un royaume perdu recueillis par Erik L'Homme lors de ses voyages répétés au nord-ouest du Pakistan.

Entre le Pakistan et l'Afghanistan, cerné par des montagnes immenses se trouvait le royaume de Chitral, "un pays perdu au bout du monde, un royaume de vallées sauvages". Là, on se défie au jeu de polo, "les mères ont souvent plus d'honneur que les rois", les corbeaux donnent des leçons d'humilité  aux têtes couronnées et les princesses ne sont pas toujours destinées à de beaux princes charmants.

Trois jolis contes illustrés avec finesse par François Place. Un trait fin et gracile, de doux coloris à l'aquarelle, François Place nous fait voyager et porte à merveille les beaux textes d'Erik L'Homme en dépeignant ces vallées verdoyantes et magnifiques enserrées de montagnes. Il a su aussi adapter son style aux régions décrites en ornant ses illustrations d'un élégant cadre orangé qui rappelle les miniatures persanes et en les présentant parfois sous forme de diptyques (sur des doubles-pages comme présenté  ci-dessous).

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Si la réédition en poche fait forcément perdre un peu de "grandeur" à l'ensemble, le papier glacé donne beaucoup d'allure à ces illustrations en couleurs. A noter aussi que les contes sont suivis d'un  petit carnet de voyages dans lequel Erik L'Homme parle de ses rencontres, de ses découvertes et de l'origine de ces contes qu'il a adaptés pour les petits lecteurs français. Un véritable témoignage qui apporte un intérêt supplémentaire à ce petit ouvrage déjà fort agréable à lire.

A partir de 8 ans.

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PLACE François, Le Roi des Trois Orients, Rue du Monde, 2006. 22.80 €

9782915569698_1_"Depuis des mois, peut-être des années, ces femmes et ces hommes parlant des langues différentes marchent ensemble. Ils avancent avec leurs bêtes, leurs archives, leurs savants, leurs musiciens, et sont rejoints par les étrangers qui le souhaitent.

C'est la Grande Ambassade. Elle va rendre hommage au Roi des Trois Orients, en traversant le monde". (Présentation de l'éditeur).

François Place nous livre ici un texte relativement long (plus de 45 pages) qui n'occupe qu'une mince bande blanche en bas de pages, laissant les 2/3 supérieurs aux illustrations. L'histoire de cette joyeuse ambassade parcourant le monde et  ponctuée de petits rebondissements, est assez fascinante et se clôt par une belle leçon d'humanité et d'humilité en la personne du Roi des Trois Orients. Elle nous rappelle ces rencontres physiques et intellectuelles entre souverains -pour une fois totalement pacifiques- qui ont jalonné les siècles et un peu aussi l'histoire de la Reine de Saba, venue à Jérusalem accompagnée de tout son cortège pour rencontrer le lumineux roi Salomon. Le thème de l'expédition (qu'elle soit scientifique ou "géopolitique" comme ici) est par ailleurs un thème qui semble cher à François Place depuis Les derniers géants.

Par sa taille, par son ampleur et  par sa beauté, cet album est exceptionnel et fascine son lecteur. Page après page, on reste émerveillé par ce déroulé géographique (et presque typographique) qui s'offre à nos yeux. Des paysages merveilleux et variés dans lesquels se nichent de minutieux détails. Et c'est peut-être cette profusion d'éléments, cette petitesse de l'humain dans ce décor si vaste et infini, qui nous rend cet album si impressionnant. On ne sait plus où porter ses yeux : sur les paysages d'une page à l'autre si changeants? sur cet immense cortège peuplé d'hommes et de femmes? sur ces petites scènes autonomes qui aiguisent notre curiosité? Cet album est un régal. On ne cherche pas Charlie mais on éprouve quand même l'envie de tout regarder, de suivre cette ligne sinueuse mais continue, ce long cortège "d'hommes, de montures et de chariots", qui traversent les pages et les paysages, qui "marche sans arrêt, de saison en saison, de pays en pays".

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La construction de cet album est exemplaire. Les paysages ne se finissent jamais et se prolongent d'une page à l'autre. Un procédé narratif matérialisé par la frise (de plusieurs mètres de long une fois assemblée) offerte en cadeau à l'achat de ce livre à parution.  Une frise qui rappelle d'autre part les délicates estampes chinoises réalisées dans la même technique : encre et aquarelle. Une construction scénique au principe simple mais particulièrement spectaculaire pour un album d'une belle envergure.

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Détail de la frise.

A lire à partir de 8 ans.

****

A noter sur les agendas : le prochain "Mercredi de l'album" aura lieu le mercredi 7 avril et tournera autour de deux nouveaux illustrateurs : François Roca ou Nathalie Novi (eh eh, je sais déjà qui je vais choisir...)

Pour lire les autres billets réalisés sur François Place : c'est ici et pour lire ceux sur Kitty Crowther : c'est.

Et pour s'inscrire, comme d'habitude, il faut contacter Fleur (l'adresse est sur le site) qui j'espère me pardonnera une nouvelle fois pour mon grand retard de publication de ce billet. J'accepte d'être la "mauvaise élève" des "Mercredis de l'album", il en faut bien une.

Bonnes lectures!

lundi 01 février

Hänsel et Gretel vu par Mattotti

GRIMM Jacob et Wilhelm / MATTOTTI Lorenzo, Hänsel et Gretel, Gallimard jeunesse, octobre 2009. 17.00 €

DSC03903Retour sur l'une des plus belles interprétations graphiques de la fin d'année 2009 : le conte d' Hänsel et Gretel illustré par l'artiste italien Lorenzo Mattotti (et au passage traduit par le grand germanophone Jean-Claude Mourlevat).

Une interprétation particulière, spectaculaire et fascinante. Un "Hänsel et Gretel" tout de noir et de blanc vêtu, grandiose et  terrifiant. C'est le noir, appliqué à l'encre et dans des mouvements de pinceaux larges et soutenus, qui structure l'espace, laisse par endroits le blanc -et par là même la lumière- apparaître, crée les pleins et les vides. On ne peut qu'être impressionné par la maîtrise de la technique utilisée,  le sens de la composition de Mattotti (remarquable dans  ses  surprenantes mises en profondeur) et  par la beauté de ces tableaux en doubles pages qui alternent avec les pages de textes. Et quelle bonne idée, d'ailleurs, de la part des éditions Gallimard d'avoir ainsi séparé l'illustration du texte, laissant ainsi les planches de Mattotti s'épanouir largement.

Cette illustration par son caractère crée de l'émotion et apporte une tension narrative supplémentaire au texte des frères Grimm. La forêt est vécue comme un enchevêtrement tourbillonnant d'ombres inquiétantes et amplifie la crainte que ressent le lecteur devant ces enfants laissés à l'abandon ; la prison-cage d'Hänsel est matérialisée par un quadrillage étouffant de lignes qui se croisent ; et l'illustration commence enfin à s'éclairer quand Hänsel et Gretel parviennent à s'échapper de la sombre forêt pour retrouver leur foyer où dépérissait leur père malheureux. On a affaire là à du très grand art, offert à la littérature jeunesse oui, mais surtout à tout lecteur sensible à ce type de création.

J'aurais voulu vous montrer quelques visuels de l'intérieur mais je ne suis parvenue avec mon APN à aucun résultat satisfaisant (la lumière du jour se reflétant trop sur ce beau noir). Je vous renvoie donc vers une petite vidéo dans laquelle Mattotti parle de son travail et dessine devant nous.

Cet album fait partie de la sélection de Ricochet et Clarabel a aussi été impressionnée.

 

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samedi 30 janvier

"Longtemps, je me suis demandé qui vivait sous mon lit"

FONTANEL Béatrice / CANEPARO Céline, Ma pieuvre et moi, Naïve, janvier 2010. 15.00 €

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J'avoue que je ne pariais pas trop en cet album dont ni la couverture ni le titre ne m'attiraient. Et puis, aujourd'hui, j'ai soudain eu l'envie de l'ouvrir et le charme a opéré. Tout de suite. Dès les premières phrases, dès les premières illustrations.

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"Longtemps, je me suis demandé qui vivait sous mon lit.

Surtout juste avant de m'endormir.

Il y avait quelqu'un ou quelque chose caché là.

Et je ne savais pas quoi..."

C'est une petite fille qui nous parle, qui  nous confie ses angoisses passées dues à une "chose" inquiétante qui logerait sous son lit mais qu'elle n'a jamais vu. Elle nous raconte comment longtemps elle s'est emmitouflée sous la couverture, prenant bien garde à ce que rien ne dépasse des draps ; comment elle a dû modifier sa position pour dormir afin de se prémunir contre toute attaque éventuelle ; comment elle n'osait plus faire un mouvement en attendant que le sommeil ne l'emporte... Puis elle se rappelle avoir un instant pensé qu'il pouvait s'agir d'une pieuvre géante. C'est cette idée, une fois exprimée, qui la soulagea (et fait basculer l'histoire). Car une fois nommée, la chose devient moins étrangère, moins terrifiante, presque une compagne de la nuit qui chatouille les doigts de pieds du bout de ses tentacules, qui surveille les fronts brûlants les nuits de fièvre, qui borde délicatement le lit avant d'aller se recoucher dessous.

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Avec beaucoup de poésie, Béatrice Fontanel pénètre l'imagination d'une enfant qui réussit à elle seule à dépasser ses peurs nocturnes. Par son récit à la première personne (qui permet très facilement l'identification) mais surtout au passé, l'auteure réussit à dédramatiser une peur qui n'a plus lieu d'être et à rendre son récit, on le pense (mais encore faut-il le vérifier), très efficace auprès des enfants confrontés à ce type d' angoisse.

Un nouvel album donc sur un thème essentiel de la littérature jeunesse, porté par une illustration très intéressante (et très belle quand il s'agit d'illustrer les postures de la petite fille regardant sous son lit) qui mêle avec harmonie couleurs et crayonnés en noirs et blancs.

A partir de 5/6 ans.

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mardi 26 janvier

Lectures croisées

Au départ il y a cette merveille : Nanook of the North, un film muet à la superbe musique tourné dans les années 1920 par Robert Flaherty.

Une réalité qui a donné naissance à deux très bons romans pour la jeunesse sortis à quelques mois d'intervalle.

Sans se répondre, ces deux fictions abordent de manières différentes le personnage de Nanook, héros inuit de ce film unique d'une très grande force, et nous parlent d'un peuple fascinant : le peuple esquimau.

SEYVOS Florence, Nanouk et moi, coll. "Neuf", Ecole des Loisirs, janvier 2010. 8.00 €

DSC03817Depuis quelques temps, Thomas va voir le docteur Zblod. Le jeune garçon fait des rêves éveillés ou plutôt des cauchemars en plein jour, toujours relatifs à Nanouk, toujours liés à ce film qu'il a vu un matin. L'amorce du film annonce que son héros, Nanouk, est mort. C'est de cette nouvelle que Thomas ne parvient pas à se remettre, c'est ce choc brutal qui a déréglé sa petite vie d'enfant. Pour conserver la mémoire de Nanouk, par respect pour sa femme et ses enfants, Thomas pense à Nanouk, tout le temps, de manière obsessionnelle.

Un beau roman autour d'un petit garçon attachant à la très grande sensibilité. Comme dans Le monde de Lenny de Kate Banks (Thierry Magnier, 2009), le lecteur suit pas à pas les séances de l'enfant avec son docteur qui certes lui pose des questions afin de faire progresser l'analyse mais surtout l'écoute. Nanouk et moi est ainsi l'histoire d'une libération. Grâce au docteur Zblod, Thomas va apprendre à "partager le poids de sa tristesse" et surtout réapprendre à vivre comme un enfant qu'il est et qu'il doit rester.

Au delà de la très belle évocation du peuple inuit qui ne pouvait que me plaire, ce petit roman m'a aussi touché, je crois, par son côté positif. Ce docteur Zblod est rassurant et par ses mots ou peut-être seulement par sa présence attentive, il va aider le jeune garçon à faire son deuil de Nanouk. Comme l'auteur, je veux croire à ces séances de psychothérapie qui aident des enfants en souffrance à se construire positivement et on ne peut que saluer ce très rare exemple de romans sur le sujet. Florence Seyvos poursuit avec finesse son exploration du ressenti (rappelons-nous Pochée à l' EDL qui parlait déjà du thème du deuil) avec ce petit roman original d'une lecture très agréable.   

A lire dès 10/11 ans.

*****

Cette lecture très récente m'en a rappelé une autre, un peu plus ancienne : le très beau roman d'Alex Cousseau sorti à l'automne et lu il y a de cela plusieurs semaines.

COUSSEAU Alex, Je suis le chapeau, coll. "doAdo", Rouergue, octobre 2009. 12.50 €

DSC03816Je suis le chapeau est un roman d'aventure singulier sur lequel il m'est très difficile d'écrire.

Entre rêve et réalité, Alex Cousseau nous entraîne sur les pas de deux inuits, un frère et une soeur, Oukiok et Wanda, bien décidés à rendre un chapeau perdu à son propriétaire, un certain Knud Rasmussen, identifié grâce à ses initiales marquées à l'intérieur. Nous sommes dans les années 1920 sur la côté ouest du Groenland. 

L'auteur nous livre ici un excellent roman sur le peuple inuit et leurs pratiques millénaires ainsi que sur le cinéma, via le tournage du film de Robert Flaherty qui est vécu comme un spectacle par les protagonistes de notre histoire. Un roman d'aventure enchanteur qui nous parle de rêves et  fait parler l'inconscient d'une jeune fille pourtant muette ; qui fait défiler les saisons et traverser les régions. Le lecteur se prend au jeu de ces pérégrinations infinies et croit en ce long et incroyable voyage fondé sur une idée fixe plus que loufoque, oui, mais qui donne du sens à des existences.

Je peine un peu à exprimer mon sentiment mais j'ai été particulièrement séduite par ce roman d'une beauté rare. J'ai été aussi intéressée par le contexte historique du roman (la réalité du tournage de Nanouk of the North et du personnage de Knud Rasmussen, les explorateurs en hydravion,  l'implantation des comptoirs danois et les tentatives d'évangélisation du peuple inuit...) et charmée par l'écriture limpide d'Alex Cousseau que je découvre ici dans un nouveau genre (ma lecture de cet auteur se limitait jusqu'alors à ses titres dans la collection "Zig Zag") . Je ne peux que conseiller ce texte hors du commun, incroyablement envoûtant et écrit en hommage à ces hommes qui se sont approchés de la culture inuit au début du XXème siècle, tout en la respectant.

Un grand merci au Rouergue pour l'envoi.

A partir de 13 ans.

A LIRE AUSSI : la critique de Télérama, celle de Ricochet et de la Soupe de l'Espace.

*****

Deux romans, aussi différents soient-ils, qui chacun leur manière, font revivre l'histoire d'un film et d'un personnage. Une littérature jeunesse qui se répond et donne de très intéressants textes à lire aux enfants. Deux beaux "coups de coeur" que je vous recommande chaudement.

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lundi 25 janvier

Journée professionnelle à Paris

Petite journée professionnelle à Paris, fatiguante, mais très agréable.

# Passer la matinée à la Vilette au Salon du Jeu et du Jouet et admirer, une nouvelle fois, les fascinantes constructions Kapla.

Kapla

# Se rendre ensuite au Salon Maison et Objet (hall 6) toujours aussi beau, toujours aussi riche, toujours aussi tentant.

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Vue sur le stand Rice, une maison danoise qui vend de l'utile, de la simplicité et de la couleur. J'adore, tout simplement.

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Vue sur les splendides luminaires qui surplombent le stand de La Marelle.

Edit du 28/01/10 : D'autres belles images du stand de La Marelle : là.

# Découvrir avec grand bonheur et les yeux ébahis les belles nouveautés Djeco (qui seront disponibles à partir du printemps et qui sont particulièrement intéressantes et nombreuses) et se faire offrir un petit sac très chouette et très pratique.

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Les nouveaux catalogues Djeco sont disponibles! Professionnels, n'hésitez pas à les appeler pour vous les faire envoyer.

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De nouveaux jouets à tirer dessinés par l'incontournable Marc Boutavant.

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De nouveaux stickers.

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Des petits ateliers de "Kirigami" ("un art japonais où le découpage prolonge le pliage" avec de très beaux papiers). Et plein plein d'autres choses superbes encore (je ne vous ai fait qu'une toute petite sélection).

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Mon super petit sac tout en plastique qui mêle des illustrations de Boutavant, Tallec, Nouhen. Que du bon, quoi. Et derrière, il est tout bleu. Vous êtes jalouses, hein? j'en étais sûre!

# Avoir un peu de temps pour partir à la découverte des autres halls.  Admirer des intérieurs reconstruits de toutes pièces (avec carrément de vraies "clôtures" en plein salon), des décors variés, raffinés et étincelants (que l'on n'a même pas le droit de photographier!). En prendre plein les yeux, oui, mais en ne se sentant quand même pas tout à fait à sa place dans cet étalage de luxe.

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# Prendre le chemin du retour et dans l'attente du TGV, rester médusée et pleine de rêves devant le tableau d'arrivée des vols de l'aéroport Charles de Gaulle. Se contenter de prendre très modestement son train et profiter du voyage pour lire un sympathique roman.

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Pour voir plus en détail les provenances, cliquez sur l'image.

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Lecture en cours : Anne PERCIN, A quoi servent les clowns, coll. "Dacodac", Rouergue, janvier 2010.

# Retrouver son vélo, pédaler vite dans la nuit noire tous phares allumés ou à la faveur des réverbères et trouver dans sa boîte aux lettres une adorable petite carte de voeux personnalisée dans une enveloppe à pois roses !!!!! c'est trop chouette! (Mes amies connaissent bien mes goûts, ça fait plaisir). Merci encore beaucoup à elle (qui se reconnaîtra).

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Une belle journée qui, sans nul doute, va peupler mes rêves de formes et de couleurs. Une bonne nuit à vous!

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jeudi 21 janvier

Des p'tits cadeaux, encore des p'tits cadeaux #2

Emmanuel, mon représentant Flammarion,  n'est quant à lui arrivé avec aucune carte de voeux mais avec toute sa bonne humeur et un p'tit cadeau, un mignon p'tit cadeau rien que pour moi : un "Clotaire se déguise"! Ravie, la libraire, tout à fait ravie (il lui en faut peu pour être contente, faut dire!)... Merci encore, Emmanuel.

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Alors ce qui est bien avec Clotaire c'est qu'il n'attend même pas le carnaval pour se déguiser et qu'il a à sa disposition un panel de déguisements ultra chouettes et diversifiés dont on rêverait presque (si on aimait se déguiser). Jugez plutôt!

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Bon il nous fait une petite crise de personnalité le p'tit Clotaire en se déguisant tour à tour en Gainsbourg, en Callas, en Barbapapa, en Michael Jackson et -le ridicule ne tue pas- en Laura Ingalls avec le bonnet, les tresses, et tout et tout!! On l'aime bien quand même et avec sa petite tête impassible et ridicule il nous ferait presque pitié. Mais va vraiment falloir penser à lui dire que le rouge à lèvres et les robes trop près du corps ne lui vont pas!!!

Le petit plus : à la fin, on nous propose même de déguiser nous-même Clotaire. Chouette alors, je saute sur mes crayons! Bon, j'ai pas voulu être trop féroce avec le pauvre Clotaire et lui ai simplement dessiné un joli costume "à pois" (car je suis sûre que secrètement il aime les pois, comme moi). Le premier qui me dit qu'on dirait qu'il a la varicelle, il sort! Faut maintenant que je lui créé un petit décor pour qu'il soit heureux.

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Janik Coat s'est livré ici à un amusant exercice de style à partir d'une figure simple, un personnage récurrent au physique tout en rondeur qui change de décors et d'habits au fil des pages. Les références sont nombreuses et diversifiées (cinéma, BD, musique, littérature..) et font que ce petit livre me paraît finalement d'avantage destiné aux adultes qu'aux enfants qui manquent fatalement de recul culturel pour reconnaître certains personnages.  Ce n'est pas un problème, nous aussi adultes on aime bien les livres avec des images et qui nous font bien rire!

Un tout petit livre à garder donc sur soi pour les jours de déprime ou à faire passer dans les soirées entre amis.

Pour voir le beau "Clotaire déguisé par Ori", c'est ici , le chouette billet de La soupe, c'estet la très pertinente critique de Ricochet, c'est par ici.

COAT Janik, Clotaire se déguise, Autrement, octobre 2009. 11.00 €

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mercredi 20 janvier

Des p'tits cadeaux, encore des p'tits cadeaux #1

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Aujourd'hui c'est Didier jeunesse qui me souhaite une bonne année avec cette belle carte signée Aurélia Fronty et son petit carnet assorti.

Un grand merci et une bonne année à toute l'équipe de Didier jeunesse!

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mardi 19 janvier

Européens

DUTRUCH Cathy (ill. Sophie Duffet), Miruna, Cosmin et Marius vivent en Roumanie, coll. "Enfants d'ailleurs", De La Martinière jeunesse, janvier 2010. 12.00 €

DSC03763A noter ce mois-ci la sortie de deux nouveaux titres dans la remarquable collection "Enfants d'ailleurs" à La Martinière : l'un sur l'Egypte, l'autre sur la Roumanie qui nous intéresse plus particulièrement tant les livres sur l'Europe  sont encore trop peu nombreux.

Suivant le principe de la collection, l'auteure (qui a longtemps vécu en Roumanie) nous propose trois visages du pays à travers la vie de trois enfants : Miruna  à Bucarest, Cosmin au bord de la mer Noire et Marius qui vit au pied des Carpates. 

Après avoir rappelé en quelques dates importantes  l'histoire -douloureuse- de la Roumanie, Cathy Dutruch évoque notamment les fêtes et les coutumes du pays, l'artisanat local, les activités propres à chaque région, les disparités et revient en profondeur sur le cas très particulier de la population Rom.

Un documentaire essentiel sur un pays encore trop peu connu et qui nous a rejoint dans l'Union européenne en 2007 .

A partager avec les enfants à partir de 10 ans.

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dimanche 17 janvier

Une semaine à Yopougon

Toute la semaine, très emballée par cette découverte, j'ai lu les autres tomes d'Aya de Yopougon. Un par soir, petit plaisir de fin de journée, petit bonheur dépaysant qui fait sourire et fait du bien.

Aya

ABOUET Marguerite / OUBRERIE Clément, Aya de Yopougon t.2 (sept. 2006), t.3 (oct. 2007), t.4 (nov. 2008), et t.5 (nov. 2009) , coll. "Bayou", Gallimard. A partir de 15.50 €

Les personnages présentés dans le tome 1 progressent et se révèlent au fil des 4 autres tomes pour l'instant parus. Si le titre de la bande dessinée suggérerait qu'Aya en est l'héroïne principale, la jeune femme a un rôle finalement bien plus subtil. Effacée et réservée, Aya est presque au service des autres et navigue autour des différentes intrigues. Essentielle aux autres personnages, elle écoute, soutient, aide et conseille. Il faut attendre le tome 5 pour voir l'histoire se resserrer autour de son personnage. Harcelée par un professeur qui ne pense qu'à la mettre dans son lit et troublée par le départ forcé de Félicité de la maisonnée, Aya se défend, rebondit et agit. Le 5ème tome nous ferait même penser que la belle jeune femme -pourtant courtisée par toute la gent masculine de Yopougon- ait enfin rencontré un homme susceptible de lui plaire.

Le génie de Marguerite Abouet est peut-être d'avoir su mêler des intrigues légères et triviales à d'autres plus profondes qui suscitent des réflexions. Aux histoires d'amour toujours très passionnées de la jeune Bintou, aux aventures extra-conjugales souvent cocasses de plusieurs personnages, aux baisers échangés dans la nuit noire sur les planches de l'hôtel aux mille étoiles (espace en plein air où les jeunes amoureux ont l'habitude de se retrouver le soir venu) et à la trépidante élection de "Miss Yopougon", répondent des questions plus graves traitées avec pertinence comme  la vie et l'avenir d'une fille mère (via le personnage d'Adjoua dans le tome 2 et sq), la vision de l'homosexualité en Afrique et en France (à travers les personnages d'Hervé et d'Inno dans les tomes 3 et 5 notamment), la dure réalité d'une installation en France pour un africain (tome 4), l'évocation des gourous sans vergogne qui se font passer pour des pasteurs guérisseurs (dans le tome 5), le rapport à l'argent dans ce pays où les disparités sociales sont effarantes (la réaction du vieux Zekinan devant la pseudo richesse de sa fille, dans les tomes 4 et 5), ou encore l'admiration presque divine que suscitent des pays comme la France ou les Etats-Unis dans l'esprit des gens (via le personnage de Grégoire qui apparaît dans le tome 2 et  celui de Moussa qui se fait passer pour un américain dans le tome 5).  Un mélange de genres qui participe de la richesse et du plaisir de cette lecture.

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De retrouver les personnages d'un tome à l'autre et de les voir évoluer nous les rend aussi vraiment sympathiques et attachants. On s'habitue également rapidement au style pétillant et authentique de Marguerite Abouet qui  nous enchante avec tous ces proverbes ivoiriens qui agrémentent les conversations et ces petits "bonus ivoiriens" toujours très instructifs qui concluent chaque tome.

Bref, on se plaît bien à Yopougon et on aimerait y rester un peu plus longtemps mais comme tout bonheur, il prend fin, dans l'attente de la parution d'un nouveau tome.

Et pour voir Clément Oubrerie peindre Aya, c'est par là.

Posté par bauchette à 23:58 - Bandes dessinées/Mangas - Commentaires [4] - Permalien [#]
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